« Ouh ca remonte à l’an Pèbre…. »
Une expression souvent utilisée pour situer des événements chronologiquement passés auxquels nous ne sommes plus en mesure d’en préciser la date et l’heure…
Pourtant cette époque peut être située de mémoire d’homme en plein 19ème siècle lorsqu’en Europe la maladie du Ver à Soie baptisée « Pébrine » faisait rage obligeant les protagonistes de la Sériciculture à aller quérir des œufs sains dans des contrées aussi reculées et hermétiques que le JAPON.
Alessandro BARICCO dans son livre ” SOIE ” illustre avec beauté et poésie cette époque au travers des yeux d’un de ces aventuriers. Quoique bien en dessous du livre, Le film ” SOIE ” adapté du roman éponyme m’a cependant conquis par la fidèle retranscription de l’intensité de cette Scène…
EXTRAIT SOIE – ALESSANDRO BARICCO
“[…]Dans la pièce, tout était tellement silencieux et immobile que ce qui arriva soudain parut un événement immense, et pourtant ce n’était rien.
Tout à coup, sans bouger le moins du monde, cette jeune fille ouvrit les yeux.Hervé Joncour ne s’arrêta pas de parler mais baissa instinctivement les yeux vers elle, et ce qu’il vit, sans s’arrêter de parler, c’était que ces yeux-là n’avaient pas une forme orientale, et qu’ils étaient, avec une intensité déconcertante, pointés sur lui : comme s’ils n’avaient rien fait d’autre depuis le début, sous les paupières. Hervé Joncour tourna le regard ailleurs, avec tout le naturel dont il fut capable, essayant de continuer son récit sans que rien, dans sa voix, ne paraisse différent. Il ne s’interrompit que lorsque ses yeux tombèrent sur la tasse de thé, posée sur le sol, en face de lui. Il la prit, la porta à ses lèvres, et but lentement. Puis il recommença à parler, en la replaçant devant lui. […]
La pièce semblait désormais avoir glissé dans une immobilité sans retour quand, tout à coup, et de façon absolument silencieuse, la jeune fille glissa une main hors de son vêtement, et la fit avancer sur la natte, devant elle. Hervé Joncour vit arriver cette tache claire en marge de son champ de vision, il la vit effleurer la tasse de thé d’Hara Kei puis, absurdement, continuer sa progression pour aller s’emparer sans hésitation de l’autre tasse, celle dans laquelle il avait
bu, la soulever avec légèreté et l’emporter. Hara Kei n’avait pas un seul instant cessé de fixer, sans expression aucune, les lèvres d’Hervé Joncour.
La jeune fille souleva légèrement la tête.
Pour la première fois, elle détacha son regard d’Hervé Joncour, et le posa sur la tasse.
Lentement, elle la tourna jusqu’à avoir sous ses lèvres l’endroit exact où il avait bu.
En fermant à demi les yeux, elle but une gorgée de thé.
Elle écarta la tasse de ses lèvres.
La replaça doucement là où elle l’avait prise.
Fit disparaître sa main sous son vêtement.
Reposa sa tête sur les genoux d’Hara Kei.
Les yeux ouverts, fixés dans ceux d’Hervé Joncour. “
DU LIVRE AU FILM ” SOIE” DE FRANCOIS GIRARD










